L’ auberge

Rumi

Djalāl ad-Dīn Muḥammad Rūmī

The guest house

This being human is a guest house.
Every morning a new arrival.
A joy, a depression, a meanness,
some momentary awareness comes
as an unexpected visitor.

Welcome and entertain them all!
Even if they are a crowd of sorrows,
who violently sweep your house
empty of its furniture,
still, treat each guest honorably.
He may be clearing you out
for some new delight.

The dark thought, the shame, the malice.
meet them at the door laughing and invite them in.

Be grateful for whoever comes,
because each has been sent
as a guide from beyond.

Translation : Coleman Barks

Continuer la lecture de L’ auberge

Publicités

Récits d’un pèlerin russe (6)

Pèlerin russe
Traduction : Jean GAUVAIN

Le pèlerin est attaqué par des brigands.

Sans doute à cause des péchés de mon âme endurcie, ou pour le progrès de ma vie spirituelle, les tentations apparurent à la fin de l’été. Voici comment : un soir que j’avais débouché sur la grand’route, je rencontrai deux hommes qui avaient des têtes de soldats; ils me demandèrent de l’argent. Quand je leur dis que je n’avais pas un sou, ils ne voulurent pas me croire et crièrent brutalement :
— Tu mens ! Les pèlerins ramassent beaucoup d’argent ! L’un des deux ajouta : – Inutile de parler longtemps avec lui ! et il me frappa à la tête avec son gourdin; je tombai sans connaissance.
Je ne sais si je restai longtemps ainsi, mais lorsque je revins à moi, je vis que j’étais dans la forêt près de la route; j’étais tout déchiré et mon sac avait disparu; il n’y avait plus que les bouts des ficelles par lesquelles il tenait. Dieu merci, ils n’avaient pas emporté mon passeport que je gardais dans ma vieille toque pour pouvoir le montrer rapidement quand c’était nécessaire. M’étant mis debout, je pleurai amèrement non tant à cause de la douleur que pour mes livres, ma Bible et ma Philocalie, qui étaient dans le sac volé. Toute la journée, toute la nuit, je m’affligeai et je pleurai. Où est ma Bible que je lisais depuis que j’étais petit et que j’avais toujours avec moi ?
Où est ma Philocalie de laquelle je tirais enseignement et consolation ? Malheureux, j’ai perdu l’unique trésor de ma vie, sans avoir pu m’en rassasier. Il aurait mieux valu mourir que de vivre ainsi sans nourriture spirituelle. Jamais je ne pourrai les racheter.

Continuer la lecture de Récits d’un pèlerin russe (6)

Récits d’un pèlerin russe (5)

Pèlerin russe
Traduction : Jean GAUVAIN

DEUXIÈME RÉCIT

Longtemps je voyageai par toutes sortes de lieux, accompagné de la prière de Jésus, qui me fortifiait et me consolait sur tous les chemins, en toute occasion et à toute rencontre. A la fin, il me sembla que je ferais bien de m’arrêter quelque part pour trouver une plus grande solitude et pour étudier la Philocalie, que je ne pouvais lire que le soir à l’étape ou pendant le repos de midi ; j’avais un grand désir de m’y plonger longuement pour y puiser avec foi la doctrine véritable du salut de l’âme par la prière du coeur. Malheureusement, pour satisfaire ce désir, je ne pouvais m’employer à aucun travail manuel puisque j’avais perdu l’usage de mon bras gauche dès ma petite enfance ; aussi, dans l’impossibilité de me fixer quelque part, je me dirigeai vers les pays sibériens, vers Saint-Innocent d’Irkoutsk, pensant que, par les plaines et les forêts de Sibérie, je trouverais plus de silence et pourrais me livrer plus commodément à la lecture et à la prière. Je m’en allai ainsi, récitant sans cesse la prière.

Continuer la lecture de Récits d’un pèlerin russe (5)