Suceava : Musée du Village de Bucovine – Muzeul Satului Bucovinean

Suceava : Musée du Village de Bucovine
Muzeul Satului Bucovinean

Le Musée du Village de Bucovine se trouve à Suceava, près de l’ancienne forteresse (Cetatea de Scaun). Sur une superficie de 6 hectares, on peut y admirer diverses constructions illustrant les types d’habitation de la zone. Le bois est omniprésent dans l’habitat roumain. Maisons, églises, sont construites avec ce matériau. Traditionnellement, les constructions rurales étaient de véritables puzzles de petite dimension qui permettaient le démontage et le remontage des habitations, en cas d’invasion. Dans les montagnes, on trouve aussi la présence de pierres. C’est pourquoi les maisons ont des fondations en blocs de pierre plus ou moins bien réalisées selon la richesse du propriétaire. De cette façon, le bois ne pourrit pas en contact avec la terre. Les maisons sont construites avec des poutres de bois placées horizontalement. A chaque coin, un madrier vertical soutient ces poutres horizontales. Une couche d’enduit relativement fin fait d’argile bien lisse et parfois coloré est appliquée sur les murs. L’étage est construit à l’aide de poutres de bois placées horizontalement. On pouvait y accéder soit par un escalier extérieur posé sur des dalles de pierre soit par un escalier intérieur. C’est cet étage qui représente l’espace de vie, le rez de chaussée étant utilisé pour le stockage. De nombreuses maisons possèdent une véranda dont la couverture est soutenue par des poteaux en bois, ou sont tout simplement abritée sous l’avant-toit plus large, entourant le bâtiment. Le plus souvent, un seuil en pierre (ou parfois en bois) marque l’endroit où se trouve la porte en bois. Les maisons comprennent généralement une ou deux pièces (le nombre étant double pour celles possédant un étage). Le sol est en terre battue, parfois soigneusement lissé. Le toit est en croupe pour les maisons rectangulaires, et conique pour les maisons polygonales ou rondes, fait de bardeaux de sapin fendu. Ce toit haut, à quatre pans fortement inclinés, et à l’avant-toit proéminent fait partie des traits traditionnels spécifiques de l’architecture en bois.

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Automne

Octavian Goga

Toamnă

Văl de brumă argintie
Mi-a împodobit grădina,
Firelor de lămâiţă
Li se uscă rădăcina.

Peste creştet de dumbravă
Norii suri îşi poartă plumbul,
Cu podoaba zdrenţuită
Tremură pe câmp porumbul.

Şi cum de la miazănoapte
Vine vântul fără milă,
De pe vârful şurii noastre
Smulge-n zbor câte-o şindrilă.

De viforniţa păgână
Se-ndoiesc nucii, bătrânii,
Plânge-un pui de ciocârlie
Sus pe cumpăna fântânii.

Îl ascult şi simt sub gene
Cum o lacrimă-mi învie:
Ni s-aseamănă povestea,
Pui golaş de ciocârlie.

Tudor Gheorghe : Toamnă

Automne

Mon jardin s’est orné
d’un voile de givre argenté,
des brins de citronnelles
ont leurs racines séchées.

Des nuages gris couvrent de leur plomb
les taillis jusqu’à leurs fronts,
avec sa parure en guenilles
le maïs tremble dans les champs.

Et tandis que du nord
surgit le vent impitoyable,
au faîte de notre grange
il arrache en vol quelque planche

Dans la tourmente païenne
les vieux noyers ploient,
le poussin d’une alouette pleure
sur la poulie du puits.

En l’écoutant, je sens sous mes paupières
une larme me ressusciter :
Notre histoire est toute pareille,
poussin de l’alouette sans duvet

Traduction: Nicole Pottier, Virginia Popescu

La poésie qui libère l’âme

domenech

Les mains ouvertes, comme tenant un livre invisible, elle fait face à l’auditoire.  Grande et mince, Cristina Domenech a un visage émacié qu’encadrent de longs cheveux blonds, et dans ses yeux gris une flamme vive et claire qui danse au rythme des mots. « On dit que pour être poète, il faut parfois aller en enfer. »

Depuis 2009, Cristina Domenech anime un atelier d’écriture à l’Unité 48 du complexe pénitentiaire San Martin à Buenos-Aires. L’enfer, elle connaît. Elle connaît la douleur et l’enfermement qui en résultent. Mère de quatre enfants, elle a perdu sa petite dernière, sa fille de 16 ans, Delfina, dans un accident de la route en 2006. Un chauffard en état d’ébriété a pulvérisé le minibus dans lequel se trouvaient l’enseignante et les neuf enfants, sur le chemin de retour d’un collège qu’ils parrainaient dans le Chaco, une province très pauvre au nord de l’Argentine. Cet accident a fait grand bruit dans le pays et suscite encore aujourd’hui un énorme émoi. Il n’y eut aucun survivant.  C’est avec cette plaie béante que son trajet de vie la conduit jusqu’à la prison. « La douleur me transperçait et, s’il y a bien un endroit où la douleur est un langage commun, c’est la prison. La prison est le lieu du plus grand amour que tu peux voir dans ta vie et de la plus grande douleur. »

Cristina Domenech est poète et essayiste, elle allie à sa formation sociale -interrompue sous la dictature – le langage qu’elle traduit en poésie. Licenciée en philosophie, elle a publié sept recueils de poèmes. Elle anime des ateliers d’écriture depuis plus de trente ans, mais c’est de manière fortuite qu’elle s’est chargée de ce projet, par l’intermédiaire d’une amie qui n’était pas intéressée  et qui lui en a parlé au téléphone. Immédiatement, elle a accepté de le faire. « C’est la prison qui m’a choisie, et non pas l’inverse.« 

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