Les douze filles de l’empereur (2)

Sept contes roumains
par Jules Brun et Leo Bachelin

*

Or, un jour de printemps que notre gars était plus fatigué que de coutume d’avoir couru après ses vaches, il vint à s’asseoir à l’ombre d’un arbre aussi vieux que le monde et très touffu, et s’y endormit. Il est vrai qu’il avait très bien choisi son coin , un coin fait à souhait pour y sommeiller. Imaginez-vous une douce vallée, tout émaillée de fleurs et de fleurettes, si souriantes qu’elles vous invitaient à les regarder. Un peu plus loin, au pied d’une gracieuse colline, un ruisselet sortait en un jet cristallin d’un tronc de bois creux ; et il serpentait, ce ruisselet jaseur, et se frayait çà et là, parmi les herbes pressées, les fleurs penchées, son petit chemin luisant au soleil, en murmurant sans trêve une assoupissante chanson. Quant à l’arbre où Fêt-Frumos s’était mis à l’abri, il était si grand que ses rameaux  disputaient dans le ciel la place aux nuées. Au milieu des branches, des milliers d’oiselets voletaient, chantant, se becquetant, bâtissant des nids. Rien qu’à entendre leur menu gazouillis, on se sentait, même les plus indifférents, le cœur tout attendri. Remarquez, au reste, que notre beau garçon n’était pas tant que ça la bouche-bée qu’on le disait, et c’est bien à tort que les autres l’avaient affublé de ce sobriquet.

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BEL-ENFANT DE LA LARME (3)

Sept contes roumains
par Jules Brun et Leo Bachelin

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A la troisième vesprée, la masse, en retombant, s’en vint heurter une porte de bronze, qui résonna avec un long grondement sourd.
L’huis fut brisé; le téméraire entra.
Entre deux crêts dentelés comme une mâchoire de louve, la lune montait, argentant le cristal d’un lac au fond sablé d’or. Sur une lie d’émeraudes enchâssée de myrthes  touffus, se dressait un haut château de marbre, blanc comme l’aile d’un cygne, et dont les murailles, plus polies qu’un miroir, réfléchissaient la forêt et la plaine, le lac et ses rivages.
Une barque dorée attendait près de la porte d’airain, sur les eaux endormies, et les fenêtres du palais versaient de mélodieux accords dans la grande nuit sereine.
Fêt-Frumos saisit les avirons et silla comme un martin-pêcheur jusqu’aux degrés d’albâtre du château.
Il y pénétra.

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Meşterul Manole

Vasile Alecsandri

Meşterul Manole

I

Pe Argeş în gios,
Pe un mal frumos,
Negru-Vodă trece
Cu tovarăşi zece :
Noă meşteri mari,
Calfe şi zidari,
Şi Manoli, zece,
Care-i şi întrece.
Merg cu toţi pe cale,
Să aleagă-n vale
Loc de monastire
Şi de pomenire.
Iată cum mergea,
Că-n drum agiungea,
Pe-un biet ciobănaş,
Din fluier doinaş.
Şi cum îl videa,
Domnul îi zicea :
– Mândre ciobănaş,
Din fluier doinaş !
Pe Argeş în sus,
Cu turma te-ai dus.
Pe Argeş în gios
Cu turma ai fost
Nu cumva-ai văzut
Pe unde-ai trecut
Un zid părărsit,
Şi neisprăvit,
La loc de grundis,
La verde-aluniş ? 

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