BEL-ENFANT DE LA LARME (4)

Sept contes roumains
par Jules Brun et Leo Bachelin

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Quittant alors le festin, Fêt-Frumos prit sa masse sur l’épaule et suivit, par monts et par vaux, la ravine frayée par le mortier jusqu’à ce qu’il arriva, au point du jour, devant un palais de jaspe, perdu au milieu d*un jardin de fleurs inconnues, aux parfums étranges. Et ces fleurs se paraient de tout l’arc-en-ciel, bleues, rouges et blancbes. Des mouches d’or y voltigeaient, comme une pluie d’étincelles, dans la lumière radieuse du matin.
Entre deux grandes cuves, devant la porte, filait une belle jeune fille, au vêtement blanc comme le givre ensoleillé. Ses lourdes tresses d’un blond de miel caressaient son pied nu; une couronne de muguets ceignait son front lisse, d’où semblait jaillir une source de rayons. Ses doigts délicats tournaient un fuseau d’or, et de sa quenouille d’argent naissait un fil si délié qu’on l’eût prit plutôt pour un rayon de lune. 

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Les douze filles de l’empereur (3)

Sept contes roumains
par Jules Brun et Leo Bachelin

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Il quitta donc le village, qu’il laissa loin derrière lui, et s’en alla tout droit à la cour impériale, où il entra comme manœuvre au jardin de l’empereur. Le maître jardinier fut même tout heureux de le prendre à son service, le voyant si bien tourné et si propret, — car le pauvre homme s’était déjà exposé maintes fois aux goguenardises des filles de l’empereur, parce qu’il engageait toujours des manants aussi lourdauds et aussi laids que possible.
Pour net et avenant, il l’était par-dessus tout, le nouveau venu; mais ses habits étaient de trame grossière, comme ceux d’un vacher. Alors le maître jardinier lui fit prendre un bain et le renippa de pied en cap de linge fin , — tout un costume, chemise et culotte brodées et pailletées, ainsi qu’il convient à un serviteur du jardin impérial. Et comme le gars était bien fait, les beaux vêtements lui seyaient à merveille.
A part quelques menus soins à donner aux plates-bandes, sa besogne consistait principalement à composer tous les jours douze petits bouquets et à les présenter chaque matin aux douze filles de l’empereur, au moment où elles sortaient du palais pour prendre l’air au jardin. 

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Les douze filles de l’empereur (2)

Sept contes roumains
par Jules Brun et Leo Bachelin

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Or, un jour de printemps que notre gars était plus fatigué que de coutume d’avoir couru après ses vaches, il vint à s’asseoir à l’ombre d’un arbre aussi vieux que le monde et très touffu, et s’y endormit. Il est vrai qu’il avait très bien choisi son coin , un coin fait à souhait pour y sommeiller. Imaginez-vous une douce vallée, tout émaillée de fleurs et de fleurettes, si souriantes qu’elles vous invitaient à les regarder. Un peu plus loin, au pied d’une gracieuse colline, un ruisselet sortait en un jet cristallin d’un tronc de bois creux ; et il serpentait, ce ruisselet jaseur, et se frayait çà et là, parmi les herbes pressées, les fleurs penchées, son petit chemin luisant au soleil, en murmurant sans trêve une assoupissante chanson. Quant à l’arbre où Fêt-Frumos s’était mis à l’abri, il était si grand que ses rameaux  disputaient dans le ciel la place aux nuées. Au milieu des branches, des milliers d’oiselets voletaient, chantant, se becquetant, bâtissant des nids. Rien qu’à entendre leur menu gazouillis, on se sentait, même les plus indifférents, le cœur tout attendri. Remarquez, au reste, que notre beau garçon n’était pas tant que ça la bouche-bée qu’on le disait, et c’est bien à tort que les autres l’avaient affublé de ce sobriquet.

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