BEL-ENFANT DE LA LARME (1)

Sept contes roumains
par Jules Brun et Leo Bachelin

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BEL-ENFANT DE LA LARME

Le texte roumain de ce conte, recueilli en Moldavie par Eminesco, et publié d’abord dans les Convorbiri, a été réuni après la mort du poète, à ses œuvres en prose.

PRÉFACE

Bel-Enfant de la Larme disons-le d’emblée est formé d’une agglomération de mythes soiaires. Cela saute aux yeux : Fêt-Frumos, le héros principal, éternellement jeune et lumineux, c’est le soleil- Il rappelle Apollon par sa grâce, Héraclès par sa force et ses exploits. Comme eux, il est tour à tour pâtre, guerrier et esclave. Comme eux, il a pour ennemis les monstres des ténèbres représentés successivement par la Mère des Forêt, par la Sorcière, par Génar. Les principaux combats singuliers qu’il livre contre eux ont conservé très exactement, dans certains détails descriptifs, dans diverses remarques incidentes, le souvenir des phénomènes météorologiques qui accompagnent l’orage, le lever du jour et le coucher du soleil.
Si ces particularités ne suffisaient pas à nous révéler qui est Fêt-Frumos, l’arme qu’il porte nous l’apprendrait. Cette masse qu’il lance « à une journée de marche » et qui trace dans le ciel « un arc éblouissant », ne peul être que le soleil, assimilé encore à un « faucon d’acier », volant d’un essor magnifique de l’Orient à l’Occident. L’attribut du dieu a été pris ici pour le héros lui-même, ainsi qu’il arrive souvent.

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Les douze filles de l’empereur (1)

Sept contes roumains
par Jules Brun et Leo Bachelin

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Les douze filles de l’empereur

Ce conte a été traduit d’après la version publiée dans le recueil d’Ispiresco, n°XX des Légendes et Contes des Roumains, Bucarest, 1882.

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Il y avait une fois un jeune garçon, qui était très pauvre, très pauvre; ses parents ne lui avaient pas laissé un sou à leur mort, et il gagnait sa vie en s’engageant, de-ci de-là comme valet de ferme. Mais c’était un valet si gentil, si propret, que tous les garçons du village lui portaient envie; les autres domestiques surtout l’avaient pris en grippe et le traitaient par-dessous la jambe. Lui ne s’en souciait mie et vaquait tranquillement à sa besogne. Et quand ils s’assemblaient, le soir, pour bavarder, déblatérant le vert et le sec, il feignait de ne rien entendre à leurs propos et faisait la bête à plaisir; c’est pourquoi ses compagnons l’avaient surnommé « Bouche-bée ».

En revanche, tous les maîtres chez lesquels il servait étaient contents de lui et se le disputaient à l’envi. Pour les filles du village, ellea en rêvaient, de ce beau garçon, et quand il venait à passer, elles se poussaient du coude et chuchotaient, le lorgnant du coin de l’œil ou par-dessous leurs sourcils. 

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Le conte de Toderică

Corneliu Bărbulescu

Le conte de Toderică

Il était une fois dans un village caché entre les vallées, dans les montagnes, un homme très pauvre, père de trois fils. Pour les nourrir – la mère des enfants était décédée- le pauvre homme travailla toute sa vie pour les autres avec de petits moyens, en se trouvant parfois dans le besoin. Ainsi, difficilement, il vit ses fils grandir.
Puis, l’homme prit de l’âge, il ne pouvait plus travailler et pensait obtenir de l’aide de la part de ses enfants pour qui il avait tant travaillé et perdu la santé.
Façon de parler… dès que les deux plus grands garçons se sont vus grandir des ailes, ils ont commencé à circuler avec les commerçants à travers le monde et cherchèrent à gagner sou après sou en truquant les comptes ou en volant au pesage des marchandises. En vain le vieil homme leur disait qu’il n’était pas bien de procéder ainsi, en vain il leur conseillait de s’occuper de leur maison, les fils n’écoutaient pas et leurs pensées n’allaient qu’à leur fortune. Ils ne suivaient pas les conseils de leur vieux père, ils ne lui apportaient aucune aide en le laissant mourir de faim, lui et leur petit frère, Toader, qui avait à peine quatorze ans et se trouvait être le seul appui pour les vieux jours de son père. Petit comme il était, Todericǎ était beaucoup plus apprécié que ses frères, parce qu’il était sage, travailleur, obéissant, respectueux et honnête.
Avec ses faibles forces, il travaillait tantôt ici, tantôt là, chez les uns ou chez les autres pour gagner un peu d’argent et pouvoir ramener à manger à son vieux père. Tous les gens du village l’appréciaient et l’aimaient bien.

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