Le Millième Homme

Rudyard Kipling

The Thousandth Man

One man in a thousand, Solomon says,
Will stick more close than a brother.
And it’s worth while seeking him half your days
If you find him before the other.
Nine nundred and ninety-nine depend
On what the world sees in you,
But the Thousandth man will stand your friend
With the whole round world agin you.

‘Tis neither promise nor prayer nor show
Will settle the finding for ‘ee.
Nine hundred and ninety-nine of ’em go
By your looks, or your acts, or your glory.
But if he finds you and you find him.
The rest of the world don’t matter;
For the Thousandth Man will sink or swim
With you in any water.

Continuer la lecture de Le Millième Homme

BEL-ENFANT DE LA LARME (10)

Sept contes roumains
par Jules Brun et Leo Bachelin

*

Fêt-Frumos sauta sur le cheval, sa masse fidèle sur l’épaule. En un clin d’œil, il eut le désert derrière lui; il volait comme la pensée, soulevant des trombes de sable.
La servante fugitive l’attendait à la lisière d’un bois. Il la prit en croupe et poursuivit sa course échevelée. Dans l’azur, une froide clarté tombait des étoiles, cousues comme des paillettes d’or au voile de la nuit,
— Aïe; je sens quelque chose qui me brûle! dit tout à coup la jeune fille.
Fêt-Frumos tourna la tête.
Dans un tourbillon accouru du ponant, il vit, immobiles, terribles, deux yeux de braise dont les rayons perçaient les molles épaules de la servante.
— Jette la brosse de chiendent ! fit-elle.
Fêt-Frumos jeta la brosse. A l’instant même, une forêt ténébreuse, où sifflait la bise, où erraient les loups, se dressa derrière eux, arrêtant le tourbillon.
— Hop! hop! dit Fêt-Frumos à son cheval, qui fendit l’air comme un démon fouetté par un exorcisme.
La face blanche et tranquille de la lune traversait les nuages gris : telle une conscience sereine traverse les rêves troublés et arides de la vie.
Fêt-Frumos galopait, galopait toujours, dévorant l’espace.
— Aïe! aïe! mes épaules brûlent encore! dit la jeune fille avec un râle d’angoisse, comme si elle avait longtemps étouffé sa plainte.
Fêt-Frumos regarda derrière lui.
Il vit un hibou monstrueux et funèbre, dont les yeux rouges fulguraient comme deux éclairs au front d’un nuage.
— jette la pierre à aiguiser! dit la pauvre servante.
Dès que le cavalier eut jeté la pierre, une muraille à pic, massive, dont le faîte escaladait la nue, se dressa tout à coup entre eux et le hibou, comme un géant pétrifié.
Si rapide était la fuite, qu’il leur semblait être précipités des esplanades du ciel dans un abîme sans fond.
— Aïe! aïe! aïe! mes épaules brûlent toujours!
La vieille s’était frayé un passage. Transformée en une vapeur dévorante, elle avait percé le mur d’outre en outre; et deux jets de cette vapeur ardaient de leur cuisante morsure la tendre chair de la fugitive.
— Jette le mouchoir bleu! dit-elle.
Fêt-Frumos jeta le mouchoir, et soudain, derrière eux, s’épandit une nappe d’eau, limpide et profonde, qui réfléchissait, comme dans un miroir, les étoiles d’or et la lune d’argent. La vapeur s’y était fondue en gouttelettes.
Dans l’espace nocturne retentit une suprême malédiction. C’était la sorcière qui planait maintenant avec des ailes de cuivre, au plus haut de l’azur.
Quand la vieille fut au-dessus du lac, Fêt-Frumos lança sa masse, qui lui brisa les ailes : elle tomba comme un lingot de plomb, poussant dans sa chute douze cris, qui sonnèrent l’heure de minuit. La lune se voila la face derrière un nuage, et la damnée, prise de l’invincible torpeur qui l’alourdissait alors, sombra à pic dans le gouffre.
— Sauvée! dit la jeune fille.
— Sauvé! dit le cheval aux sept âmes…
Maître, ajouta-t-il, je sens remuer le sable sous mes pieds. Les squelettes ensevelis par les tourbillons du désert vont se lever bientôt, pour aller, dans la lune, à leur banquet de spectres. Il est dangereux de voyager maintenant; l’air glacé et empoisonné qu’exhalent tant de corps morts pourrait te tuer. Couchez-vous plutôt ici, l’un,et l’autre. En attendant, j’irai trouver ma mère, et, pour redevenir jeune et brillant, je m’abreuverai encore à sa mamelle de feu.
Le beau cavalier ôta le frein et la selle ; puis il étendit son caftan sur la terre nue. Mais, chose étrange, les yeux de la jeune fille s’enfoncèrent tout à coup, son visage maigrit, les violettes de la mort ombrèrent l’incarnat de ses joues, sa main pendit inerte et froide.
— Qu’as-tu donc? interrogea Fêt-Frumos.
— Je n’ai rien, répondit-elle d’une voix éteinte.

à suivre… 
BEL-ENFANT DE LA LARME (11)

Aimer

Nicole Pottier

Nicole Pottier

Aimer

Aimer,
Et ressentir la joie profonde et authentique
De mon âme rencontrant ton âme,
Qui se mire dans l’univers tel un miroir infini
baigné dans une douce lumière resplendissante

Aimer,
Et revenir à la source vive de l’amour,
Occultant le temps et ses limitations
redéployant un seul coeur qui nous unit
Dans un espace merveilleux jamais achevé.

T’aimer… Tout simplement comme le lys pur et blanc
Et croire en la beauté toujours renouvelée,
En la tendresse de l’instant
En la caresse de l’éternité
Aimer, et t’avoir à mes côtés.

*

Continuer la lecture de Aimer