BEL-ENFANT DE LA LARME (7)

Sept contes roumains
par Jules Brun et Leo Bachelin

*

En ce temps- là, le Seigneur était encore sur la terre.
Un jour, on vit deux hommes qui marchaient dans le désert. La face de l’un et sa vêture resplendissaient comme la lumière du soleil ; l’autre, plus humble, ne paraissait que l’ombre du premier : c’étaient le Seigneur et saint Pierre.
Arrivés au bord du ruisseau, ils y rafraîchirent leurs pieds brûlés par les sables sans fin ; et Jésus se penchant sur la source limpide, but de l’eau; il baigna sa face sainte et glorieuse et lava ses mains qui accomplirent tant de miracles.
Puis tous deux s’assirent à l’ombre. Le Seigneur pensait à son Père qui est aux cieux; saint Pierre prêtait l’oreille à la source plaintive.
Quand ils se levèrent pour continuer leur route, l’apôtre dit au maître :
— Maître, fais que cette source redevienne ce qu’elle a été.
— Amen, dit le Seigneur, en élevant sa droite bénissante.
Après quoi ils s’éloignèrent, sans plus regarder derrière eux.
Comme par enchantement, source, ruisseau, arbres, tout s’évanouit. Fêt-Frumos, réveillé de son long sommeil, jeta, surpris, les yeux autour de lui. Dans le lointain, il aperçut, marchant sur les vagues de la mer qui s’inclinaient sur son passage, l’image charnelle du Messie né de la vierge Marie ; et derrière le Sauveur, saint Pierre qui, poussé par sa nature mortelle, se prit à regarder du côté de Fêt-Frumos.
Celui-ci resta, les yeux fixés sur eux, jusqu’à ce que l’apôtre eut complètement disparu. Seule la face éblouissante du Seigneur restait encore visible à l’horizon, projetant sur la mer un sillage de lumière, comme si le soleil se couchait dans les eaux vespérales.
Fêt-Frumos comprit le miracle de sa résurrection et tomba à genoux pour adorer.

à suivre…
BEL-ENFANT DE LA LARME (8)

Pourquoi ?

Iulia Hasdeu

Pourquoi ?

tiens ! il a passé tout à l’heure
l’oeil farouche, le front baissé
il n’a point souri, et je pleure …
ah! pourquoi donc a-t-il passé ?

il m’en veut, il est en colère :
son cœur pour moi s’est-il glacé ?
je n’ai rien fait pour lui déplaire
ah! pourquoi donc a-t-il passé ?

il a regardé ma fenêtre
il n’avait pas l’air trop pressé
hélas ! il m’aime encore peut-être …
mais pourquoi donc est-il passé ?

*

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La mort des mots

Octavian Paler

Moartea cuvintelor

Un chip de nisip
şi mâini de nisip
şi limba în gură mi-e tot de nisip
nu mai pot să spun nimic în apărarea mea
în acest tribunal de nisip
cu lumini de nisip
grefieri de nisip
amintiri de nisip
şi cineva care-ntoarce clepsidra.
Tot ce-am iubit s-a transformat în nisip
tot ce-am greşit s-a transformat în nisip
şi judecători de nisip
mă judecă
şi mă condamnă la moarte
pe un eşafod de nisip.

*

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