Parlez-nous du Don

Khalil Gibran

Giving

Then said a rich man, « Speak to us of Giving. »
And he answered:
You give but little when you give of your possessions.
It is when you give of yourself that you truly give.
For what are your possessions but things you keep and guard for fear you may need them tomorrow?
And tomorrow, what shall tomorrow bring to the overprudent dog burying bones in the trackless sand as he follows the pilgrims to the holy city?
And what is fear of need but need itself?
Is not dread of thirst when your well is full, thirst that is unquenchable?

There are those who give little of the much which they have – and they give it for recognition and their hidden desire makes their gifts unwholesome.
And there are those who have little and give it all.
These are the believers in life and the bounty of life, and their coffer is never empty.
There are those who give with joy, and that joy is their reward.
And there are those who give with pain, and that pain is their baptism.
And there are those who give and know not pain in giving, nor do they seek joy, nor give with mindfulness of virtue;
They give as in yonder valley the myrtle breathes its fragrance into space.
Though the hands of such as these God speaks, and from behind their eyes He smiles upon the earth.

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Pour écrire un seul vers.

Rainer Maria Rilke

Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas (c’était une joie faite pour un autre), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles, — et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs eux-mêmes ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers.

Chant dans la nuit

Lucian Blaga

Cântec în noapte

Pietre-n cale, mereu pietre.
Nime-n beznă nu mă-ndreaptă.
Pân’ la tine nicio piatră
Nu mai vrea să-mi fie treaptă.

Pietre sunt şi iarăşi pietre.
Pe poteca mea de dor,
Greu se lasă, greu se lasă,
Dumnezeul pietrelor.

Lung e drumul, ceasul lung.
Rogu-mă, mă rog într-una,
Noaptea să-mi ajute luna
Pân’ la tine să ajung.

*

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