Les douze filles de l’empereur (7)

Sept contes roumains
par Jules Brun et Leo Bachelin

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La nuit venue, les douze filles de l’empereur partirent donc pour la danse, avec le nouveau prétendant. Or la première condition de réussite pour lui, c’était de ne pas tomber en chemin; aussi prit-il bien soin de ne pas trébucher, — il s’en gara comme du chaudron à mamaliga (1). Ils arrivèrent sans accroc au palais enchanté. On dansa jusqu’à l’aube, puis on se mit à table, comme par le passé. A lui aussi, on lui présenta la coupe magique, où ses prédécesseurs avaient bu le philtre qui leur avait ôté le sens et le jugement.
Alors Fêt-Frumos, qui était prévenu, tourna vers sa bien-aimée des yeux pleins de larmes, mais tout brillants de l’amour qui le consumait, et d’une voix tendre il lui demanda grâce :
— Veux-tu que je succombe, moi aussi, et pour l’amour de toi? Est-ce donc un cœur de glace que le tien?
— Non, mon cœur n’est plus de glace; au feu du tien il a fondu!… Ne bois pas, je t’en conjure; je préfère être jardinière avec toi, qu’impératrice sans toi! »
A ces mots, Fêt-Frumos, éperdu de joie, jeta le breuvage par-dessus son épaule ; et s’agenouillant devant elle :
— Ne craignez rien, princesse, car vous ne serez jamais, jamais jardinière!
Aussitôt ces paroles prononcées, le charme fut rompu- Le palais ensorcelé s’évanouit,  comme s’il n’avait jamais existé; ils se retrouvèrent tous dans le palais même de l’empereur, les douze princesses, Fêt-Frumos et les autres prétendants. 

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