Suceava : Traditions et Coutumes en Bucovine pour l’Epiphanie

Boboteaza la Brosteni (Suceava)

« Demain (*6 janvier) a lieu “Boboteaza” (*l’Epiphanie), fête qui correspond au 6ème jour de la Création, au 6ème jour du calendrier chrétien orthodoxe. « Boboteaza » clôt le cycle des fêtes d’hiver et comprend des motifs spécifiques à toutes les fêtes de Noël.

Muzeul Obiceiurilor Populare Gura Humorului


En de nombreux endroits du pays, et en Bucovine, le jour de « Boboteaza » on chante des « colinde » (*cantiques de Noël), on lance des sortilèges et on fait des incantations, on trouve son promis, on prédit le temps et l’abondance au nouvel an, on croit que s’ouvrent les portes du paradis et que parlent les animaux. Mihai Camilar, muséographe au Musée des Coutumes Populaires de Bucovine et de Gura Humorului nous a raconté que la veille de Boboteaza, donc le jour d’aujourd’hui, est très important pour les chrétiens. Il nous dit que la veille de l’Epiphanie, en Bucovine, on prépare une table semblable à celle du Réveillon. Sur la table, dans une pièce immaculée, on étend une nappe choisie spécialement pour cette occasion, sous la nappe, on met du foin ou de l’herbe coupée l’année même dans le pré et à chaque coin on met autant de monticules de sel. Par-dessus, on installe douze sortes de plats : «coliva» (*gâteau de blé et de noix, offert en mémoire des morts) – blé concassé, bouilli, sucré avec du miel, mélangé avec des noix pilées ; des céréales bouillies ; des infusions de prune ou de prune fumée ; du borsch (*liquide fabriqué avec du son qui sert à rendre le potage plus aigre) de «burechiuse» ou «urechiusele babei» «oreilles de grand-mère» en fait pézizes orangées (*champignons): soupe de haricots blancs où l’on fait mijoter des petits raviolis, fourrés aux champignons, dont les coins sont collés en forme d’oreilles ; soupe de poisson ; poissons frits ; «varzare», galettes pour le carême fourrées d’un hachis de chou aigre ; galettes au pavot ; «sarmale» (boulettes) fourrées aux céréales. Jusqu’à l’arrivée du prêtre aux mots de Jourdain et Chiraleisa, personne ne touche encore aux mets, et juste après la bénédiction de la table, une partie du repas est ajoutée à l’ordinaire des animaux «pour qu’ils soient protégés des maladies et qu’ils se reproduisent correctement».

(Note : le terme « Boboteaza » est un archaïsme régional, il vient du mot « botez » et signifie le baptême. Il s’agit du baptême du Christ dans le Jourdain.)

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Chiraleisa

Dans la majorité des villages de Moldavie, la veille de l’Epiphanie (5 au 6 janvier), des groupes plus ou moins grands ou petits composés de filles et de garçons vont de maison en maison pour annoncer la venue du prêtre « avec la croix ». Cette coutume ressemble à celle des chanteurs de « colinde » la veille de Noël. Les enfants qui cheminent aux cris de Chiraleisa (du grec : Kirie Eleison , prends pitié Seigneur) ne récitent aucun texte versifié, mais crient simplement « Chiraleisa, chiraleisa, chiraleisa » trois fois. La récompense des enfants consiste en des pommes, des noix, des gâteaux qu’ils serrent dans leurs besaces, jetées sur l’épaule. En Bucovine, le prêtre est également accompagné de servants qui vont avec les cierges allumés dans les maisons voisines et crient eux aussi « Chiraleisa« . L’hôte les reçoit dans sa maison, leur sert des plats de carême après que ceux-ci aient été aspergés d’eau bénite. Toujours en Bucovine, sur la croix du prêtre, la maîtresse de maison installe le plus beau tortis* de chanvre « L’offrande de ce tortis avait plusieurs significations. On croyait qu’à l’aide de ce fil on saisirait tous les péchés, que le fil devenait un pont par où passeraient les esprits des morts, ou que la Mère de Dieu ferait de ce chanvre une nasse avec laquelle elle attraperait les esprits des morts dans les Enfers pour les remonter jusqu’au Paradis. » nous raconte encore Mihai Camilar.

(*Tortis : Assemblage de plusieurs fils de chanvre, de laine, de soie, etc., tordus ensemble. TORTIS se dit aussi d’une espèce de couronne ou de guirlande de fleurs. Un tortis de fleurs. Un tortis de myrte. Ce sens est vieux. Il se dit, en termes de Blason, du fil de perles qui entoure la couronne des barons. Source : Dictionnaire de l’Académie Française.)

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Rituels et pratiques magiques à la veille de l’Epiphanie

Les actuels rituels et pratiques religieuses de prophylaxie et de purification détiennent toujours à la veille de l’Epiphanie une importance toute particulière. Aux rituels chrétiens de la bénédiction de l’eau (eau bénite), du passage du cortège des prêtres avec le baptême et l’immersion de la croix dans l’eau, le peuple roumain en a ajoutés de nouveaux : quelques uns chrétiens, d’autres pré-chrétiens pour purifier et chasser les mauvais esprits : aspersion, lavage ou immersion rituelle dans les eaux de cours d’eaux ou de lacs, salves, cris (Chiraleisa), vacarme, allumage de feux (Ardeasca ), enfumage des gens, du bétail, et des annexes domestiques.
Mihai Camilar nous dit aussi : le matin de ce jour, avant d’allumer le feu, on rassemblait la cendre du poêle et les ordures de la maison pour être conservées jusqu’au printemps, on les parsemait alors sur les couches de légumes « pour qu’ils deviennent féconds et soient protégés des nuisances. Le foin sous la nappe et les monticules de sel s’ajoutaient à la nourriture des animaux « pour leur éviter la séduction, la maladie, et les mauvais esprits». A cet effet, l’eau bénite prise par le prêtre qui venait avec le Jourdain, est également utile. On croyait que si au matin de la veille de « Boboteaza » les arbres fruitiers étaient chargés de givre, ils seraient riches en fruits. De même, on croyait que les animaux de l’écurie parlaient au cœur de la nuit aux environs du jour de l’Epiphanie, sur les endroits où sont cachés les trésors. La tradition dit que ce jour-là les querelles sont interdites et que l’on ne donne rien en prêt. Toujours de Mihai Camilar, j’ai appris que le soir de la veille, s’achèvent les pratiques pour la découverte de la durée de vie. Avant de se coucher, on prenait des charbons de l’âtre et on leur donnait le nom de chacun des membres de la famille. On croyait que le premier à mourir, dans cette famille, serait celui dont le charbon s’éteignait le plus rapidement. Pendant ces trois jours que dure « Boboteaza » en Bucovine, il existe des localités, des villages, où amis et parents ont l’habitude de chanter des cantiques, tandis que dans d’autres villages, apparaissent à nouveau les déguisements*. »
(* Déguisements d’animaux traditionnels pour le Nouvel An : chèvre, ours).
Muzeul Obiceiurilor Populare Gura Humorului

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Cristina STRUGARI, mercredi 05 janvier 2005 .
Article publié en roumain sur le site de Ştiri AMOS News.

Traduction et notes explicatives (*): Nicole Pottier

Crédit Photos: Musée des Traditions Populaires de Gura Humorului, copyright Nicole Pottier


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