En des journées de durs labeurs

Rabindranath Tagore

En des journées de durs labeurs
J’édifiai un temple
Il n’avait ni porte ni fenêtre
Ses murs étaient épais
Et construits en pierres massives

J’oubliai tout le reste
Je délaissai tout le monde
Je restai en contemplation
Devant l’image que j’avais dressée sur l’autel

L’incessante fumée de l’encens
Enveloppait mon coeur de ses lourds replis

J’occupai mes veilles
A graver sur les murs
Un dédale de formes fantastiques :
Chevaux ailés ,
Fleurs à visages humains,
Femmes aux formes de serpents

Nulle ouverture ne fut laissée par où pu entrer le chant des oiseaux
Le murmure des feuilles
Ou le bourdonnement du village au travail

Seules mes incantations faisaient résonnner
Les sombres voûtes du dôme
Mon esprit devint pareil à la pointe
Acérée et silencieuse d’une flamme
Mes sens s’évanouirent dans l’extase

Je ne m’aperçus pas de la fuite du temps
Jusqu’au moment où la foudre ,
En frappant le temple ,
Réveilla la douleur de mon coeur

A la lumière du Jour
La lampe devint pâle et comme honteuse
Sur le mur les sculptures ,
Rêves figés et vides de sens
Semblaient éviter mes regards .

Je regardai l’image sur l’autel :
Je la vis sourire et s’animer au contact vivifiant du Dieu

La nuit que j’avais emprisonnée
Déploya ses ailes et s’enfuit.

Traduction : André Gide

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