Frère, nul n’est éternel et rien ne dure

Rabindranath Tagore

Frère, nul n’est éternel et rien ne dure
Frère, garde ceci dans ton coeur et réjouis-toi

D’autres que nous ont porté l’antique fardeau de la vie
D’autres que nous ont fait le long voyage
Un poète ne peut chanter toujours la même ancienne chanson
La fleur se fane et meurt
Mais celui qui la portait ne doit pas toujours pleurer sur son sort
Frère , garde ceci dans ton coeur et réjouis-toi

Il faut un silence pour tisser une harmonie parfaite
La vie s’évanouit au coucher du soleil
Pour s’anéantir dans les ombres dorées
L’Amour doit quitter ses feux
Pour boire à la coupe de la douleur
Et renaître dans le ciel des larmes
Frère, garde ceci dans ton coeur et réjouis-toi

Nous nous hâtons de cueillir nos fleurs
De peur qu’elles ne soient saccagées par le vent qui passe
Ravir un baiser , qui s’évanouirait dans l’attente
Fait bouillir notre sang et briller nos yeux
Notre vie est intense, nos désirs sont aiguisés
Car le temps sonne la cloche de la séparation
Frère, garde ceci dans ton coeur et réjouis-toi

La beauté nous est douce
Parce qu’elle danse au même rythme fuyant que notre vie
Le savoir nous est précieux
Parce que jamais nous ne pourrons atteindre à la Science Suprême Tout est fait et achevé dans l’Eternité.

Mais les fleurs terrestres de l’illusion
Sont gardées éternellement fraîches par la mort.

Frère, garde ceci dans ton coeur, et réjouis-toi .

*

Traduction : Henriette Mirabaud-Thorens

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