L’admiratrice photographiant – vitrail

admiratrice photographiant 2
« L’admiratrice photographiant », 2013
Gérard Collin-Thiébaut
Réalisation : maître verrier Pierre-Alain Parot

Cathédrale Saint-Gatien, Tours
Lancette du triphorium occidental

*

DES VITRAUX D’AUJOURD’HUI À LA CATHÉDRALE DE TOURS
Par Gérard Collin-Thiébaut, artiste

J’ai découvert cette cathédrale au début des années 80 ; depuis, à chacun de mes passages à Tours, que ce soit pour mes participations à des événements et expositions ou pour des raisons privées, je ne manque pas d’y retourner, subjugué par cet ensemble de vitraux traversant les siècles, du XIIIème au XVIe siècle jusqu’au XIXe siècle, baignant le tout dans une unité, une cohérence de lecture. Bien sûr, il y a les fameux vitraux du choeur, mais ces hautes verrières, ces médaillons aérés permettant la lecture à distance, ces vitraux figuratifs, à scènes légendaires, des XIXe et XXe siècles, en font un merveilleux et pertinent album d’images. 

Cette cathédrale étant un témoignage de l’évolution de l’art du vitrail, je souhaitais, à l’occasion des travaux de restauration du transept nord, continuer et pousser dans cette voie. Il s’est agi de compléter ce merveilleux album d’images, le mettant à jour en quelque sorte, avec toujours comme principe cette fameuse lecture à distance. Ce qui a permis d’éliminer ipso facto la facture abstraite, trop souvent employée depuis une trentaine d’années, génératrice d’émotions faciles, au détriment du concept, apporté par le mécanisme de lecture. Attention, ce parti pris n’excluait nullement l’emploi de formes géométriques, mais comme sujet, pour certaines parties de vitraux et bordures, sans omettre la grisaille. L’objectif a donc été de poursuivre la tradition du caractère narratif et de garder cette précision historique des anciens vitraux, en partant, par exemple, des divers lieux parcourus par Martin de Tours (Szombathely en Hongrie ; Worms ; la Croatie – Serbie actuelles ; Milan ; Candes- Saint-Martin ; etc.), pour parler de l’Europe actuelle. Le partage des valeurs communes de l’Europe, les valeurs d’échange, le dialogue entre l’Europe et le monde, a fait se joindre émotion esthétique et spirituelle, mysticisme et rationalisme.
Mais bien d’autres thèmes ont alimenté ce nouveau livre ouvert, comme :
1. – Les références bibliques traduites, placées dans la vie d’aujourd’hui, dans le quotidien des Tourangeaux / Tourangelles (événements, rues, marchés, personnages).
2. – Les fêtes populaires actuelles de la Saint-Martin du 10 novembre, du nord de la France, de la Flandre et de l’Allemagne* ; en partant de documents photographiques pour ces événements bien vivants qui, transformés, sont devenus éléments de vitraux ; l’occasion s’est présentée alors de trouver de nouvelles techniques.
3. – Ou encore, l’iconographie de saint Martin a été reprise à travers les différentes représentations de celui-ci, non seulement dans le vitrail (au musée médiéval de Cluny, à Paris, etc.), mais encore dans les fresques et peintures d’Europe (saint Martin par Simone Martini ; les Heures d’Étienne Chevalier, enluminées par Jean Fouquet, Greco,etc.), dans les sculptures (bas-reliefs au-dessus des portes d’entrée du Duomo de la cathédrale de la ville de Lucques, en Toscane ; statue au monastère de Tibae à Braga, Portugal, etc.). Bref, un album d’images sans fin**.

* Chaque année à la Saint-Martin, les habitants de la Flandre maritime défilent dans les rues en chantant et en brandissant des lanternes. A cette occasion, les boulangeries se remplissent de follards et les écoles organisent de très sérieux concours de lampions et de betteraves sculptées. En 1905, les participants au concours pouvaient même choisir entre trois catégories : lanternes monumentales, lanternes originales ou betteraves artistiques.
** Quelques sources : Histoire et description de la cathédrale de Tours par le Chanoine H. Boissonnot,1928 ; Saint Martin par l’abbé Henris Bas, 1897 ; Saint-Martin de Tours par J. Honoré, M. Laurencin, G-M. Oury. 1996.)

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Dans ce projet, on retrouve, appliquées point par point, mes idées premières, avec cette même logique pour chaque époque, désireuse de toujours traduire son temps. Ici, j’ai donc voulu superposer les périodes, et c’est cette superposition systématique d’images, d’événements, d’échelles, de couleurs, qui donne l’effet de continuité avec, par exemple, les vitraux du choeur, permettant d’en retrouver l’ambiance, tout en poursuivant cette fameuse lecture à distance. Il en découle que ce projet est pensé pour des vitraux placés à une certaine hauteur. Les hautes baies nous parlent du saint Martin d’hier et d’aujourd’hui ; quant au triforium, il nous livre des personnages se divisant en deux thèmes ; les Regardeurs (observateurs, ceux qui s’arrêtent, prennent le temps de voir) et les Marcheurs (qui vont vers un but, occupés à faire, ou simplement passants), de tous âges, mais tous témoins de notre temps. Tous ces personnages sont bien situés dans leur temps, repérés par des détails d’habillements ou technologiques. Cependant à bien observer, on remarque l’apparition d’éléments plus anciens par superposition ; ce sont les personnages d’anciens vitraux du triforium, qui, ici, resurgissent dans l’image contemporaine, sous-entendant peut-être que nous sommes et seront toujours influencés par ce qui nous entoure et nous entourait. Dans ce défilé de figures, on voit l’affirmation des personnages de grandes tailles, comme dans les quatre baies, et y sont visibles le maître verrier et l’artiste à l’oeuvre, dans la plus pure tradition des constructeurs de cathédrales. Dans les médaillons, on retrouve la tradition du caractère narratif, avec la précision historique des anciens vitraux, représentant divers lieux parcourus par Martin de Tours, pour nous parler de l’Europe, du partage des valeurs communes, des valeurs d’échange, du dialogue entre l’Europe et le monde. Ce projet a été pensé pour pouvoir être poursuivi, dans l’avenir.

Saint Martin, la grande figure tourangelle, a inspiré l’artiste. En particulier, la dimension du partage et de la miséricorde qu’incarne l’ancien soldat romain.

La baie haute 4 (baie 221 ) Le partage

Description de la baie haute 4 (façade ouest)
Vues superposées du premier plan au fond du vitrail :
– un sans papiers et des tentes des sans papiers le long du canal Saint-Martin à Paris (action des Enfants de Don Quichotte, 2006)
– Saint Martin et le mendiant ou saint Martin partageant son manteau avec un pauvre,1597-1599, Le Greco (National Gallery of art, Washington) en superposition (1/3 inférieur )
– messe de Saint-Martin par Eustache Le Sueur. XVIIe siècle*) ; en superposition (1/3 centre)
– Martin Schongauer par Auguste Bartholdi, 1863, sculpture en grès, Colmar, en superposition (1/3 supérieur) ;
– promeneurs sur le canal Saint-Martin de Paris.
Description du triforium correspondant, de droite à gauche :
– le dubitatif ;
– l’admiratrice photographiant ;
– couple de passants indifférents ;
– le maître verrier ;
– couple de passants surpris ;
– Gérard Collin-Thiébaut devant la baie 4, le regard vers la croisée des transept (baie partiellement coupée par la suite en raison de l’architecture).
Description des médaillons de ce triforium – églises Saint-Martin d’Europe, de droite à gauche :
– église Saint-Martin, Frómista, Espagne ;
– Basilique Saint-Martin, Liège, Belgique ;
– abbaye Saint- Martin, Weingarten, Bade-Wurtemberg, Allemagne.

*La Messe de Saint-Martin : « Donc, ainsi vêtu, Martin s’avança dans l’église, pour offrir le sacrifice à Dieu. Or, ce jour-là, se produisit un fait merveilleux que je vais raconter. Comme l’évêque, suivant le rite, bénissait l’autel, nous avons vu jaillir de sa tête un globe de feu, qui s’éleva dans les airs avec un rayonnement lumineux, comme une très longue chevelure de flammes. Cela, nous l’avons vu un jour de grande affluence, au milieu d’une grande multitude de peuple, et cependant, les seules personnes qui l’aient vu, c’est une des vierges, un des prêtres, trois seulement parmi les moines. Pourquoi tous les autres ne l’ont-ils pas vu ? »

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Source : Dossier de presse « Une création de vitraux à la cathédrale de Tours »
Photos : Nicole Pottier

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