Je ne puis vivre avec toi

Emily Dickinson

I cannot live with You –
It would be Life –
And Life is over there –
Behind the Shelf

The Sexton keeps the Key to –
Putting up
Our Life – His Porcelain –
Like a Cup –

Discarded of the Housewife –
Quaint – or Broke –
A newer Sevres pleases –
Old Ones crack –

I could not die – with You –
For One must wait
To shut the Other’s Gaze down –
You – could not –

And I – could I stand by
And see You – freeze –
Without my Right of Frost –
Death’s privilege?

Nor could I rise – with You –
Because Your Face
Would put out Jesus’ –
That New Grace

Glow plain – and foreign
On my homesick Eye –
Except that You than He
Shone closer by –

They’d judge Us – How –
For You – served Heaven – You know,
Or sought to –
I could not –

Because You saturated Sight –
And I had no more Eyes
For sordid excellence
As Paradise

And were You lost, I would be –
Though My Name
Rang loudest
On the Heavenly fame –

And were You – saved –
And I – condemned to be
Where You were not –
That self – were Hell to Me –

So We must meet apart –
You there – I – here –
With just the Door ajar
That Oceans are – and Prayer –
And that White Sustenance –
Despair –

*

Je ne puis vivre avec toi –
Ce serait la vie –
Et la vie est là-bas –
Derrière l’armoire

Dont le fossoyeur tient la clé,
Rangeant
Notre vie – sa porcelaine –
Comme une tasse –

Rejetée par la ménagère –
Désuète – ou cassée –
Un Sèvres plus neuf plaît –
Les vieilles tasses se fendent.

Je ne pourrais mourir – avec toi –
Car l’un doit attendre
Pour fermer les yeux de l’autre –
Tu ne pourrais le faire –

Et moi – pourrais-je rester là
Et te voir – te glacer –
Sans avoir ma part de glace –
Privilège de la mort ?

Et je ne pourrais ressusciter – avec toi –
Car ton visage
Effacerait celui de Jésus –
Cette grâce nouvelle

Brillerait laide – et étrangère
Pour mes yeux regrettant leur demeure –
Si tu n’étais pas là
Luisant plus près de moi –

On nous jugerait – comment –
Toi – tu servais le Ciel – n’est-ce pas,
Ou cherchais à le faire –
Moi, je ne pouvais pas –

Car tu rassasiais ma vue –
Et je n’avais plus d’yeux
Pour une perfection sordide
Comme le paradis.

Et si tu étais perdu, je le serais –
Quand bien même mon nom
Fît le plus grand bruit
Dans la renommée céleste –

Et si tu étais – sauvé –
Et que je fusse – condamnée
Là où tu ne serais point –
Cela même – pour moi serait l’enfer –

Donc nous devons rester séparés –
Toi là-bas – moi – ici –
Avec juste la porte entrouverte
Que sont les océans – et la prière –
Et cette pâle consolation –
Le désespoir –

Cette vie n’est pas un oiseau, elle n’a pas de nid
Ni un orchestre, vêtu d’airain et de pourpre,
Ni un tambourin, ni un homme ;
Elle n’est pas un hymne lu du haut d’une chaire,
Les étoiles du matin chantaient le soprano
Sur le premier après-midi du temps !

Certains disent que les sphères s’amusent !
Certains disent que c’est la brillante foule
Des femmes et des hommes disparus !
Certains croient que c’est le service à l’endroit
Où nous, avec un visage tardif et céleste,
S’il plaît à Dieu, connaîtrons la vérité !

Traduction : Pierre Messiaen

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