Vous

Marin Sorescu

Dumneata

,, Într-o noapte, pe aici, pe la Cişmele,
Unde sunt casele mai rărişoare, din cauza stafiilor,
Care se zice că s-ar fi arătând pe-acolo,
Şi oamenii s-au sfiit să pună case, ca să aibă stafiile loc,
Lărgime, să treacă-n deal, în vale, libere,
Se întâlneşte Grigore al lui Tăgărâlă cu unul care cam sclipea de departe,
Aşa ca putregaiul.

,,Bună seara. » Ăla nu-i răspunde. ,,N-o fi auzit », se gândeşte
Grigore, ,,Bună seara », zice iar.

,,Bună seara », îngână celălalt, parcă ar fi avut ţărână-n gură şi-i stă drept în cale,
Nu-l mai lasă să treacă.

,,Mă, tu ştii cine sunt eu? »
Se uită Grigore… şi odată simte cum i se scoală căciula
Singură din cap: hoop! şi cade jos…pleoţ! Ăsta semăna cu unul de
Murise…să tot fie luna…

,,Păi, eu ştiu… » încearcă el să-şi facă…ce să-şi facă »…curaj…

,,Te cunosc, dar nu ştiu de unde să te iau… »

Păi, ia-mă şi dumneata de guler…rânjeşte străinul.

Când să-l ia de guler…nimic… Ăla era moroi…
Dar mâna îi rămăsese ţeapănă în aer…
După aia i s-a făcut moale şi aşa a rămas.
Bine că nu i-a zis moroiul să-l mai ia şi de altceva
Că paraliza tot.

Aşa a fost de părere şi Coza, că s-a dus repede la el.

Zice: ai scăpat ieftin, neică, moroii din Bulzeşti sunt
Arţăgoşi.
Când le străşunează din ceva pe câte unul… îl fac
Cârpă, treanţă, poţi să ştergi lampa cu el. Aşa e de
Moale şi afânat.

– Dar mi-a zis ,,dumneata »… îşi aduce aminte Grigore

– Nu, că de purtat ştiu să se poarte… nu sunt bădărani, ţopârlani, modârlani, capsomani.
Nu că le iau partea, dar
Trebuie să te gândeşti şi la ei; până mai ieri erau aci cu noi,
Într-o lume va să zică; odată mor şi se pomenesc pe altă lume,
Bunăoară pe lumea ailaltă, care nu-i primeşte, nu ştiu
Din ce cauză, şi-i trimite înapoi pe lumea cealaltă,
Bunăoară asta a noastră… care se sperie şi-i alungă.
Uite-aşa mi ţi-i plimbă, cine mi ţi i-o plimba,
De-aia sunt şi moroii ăştia arţăgoşi… şi se mai iau de câte unul
Ca dumneata…

– Nu mai îmi zice dumneata… ca ăla… îl trecu un fior pe Grigore.
Dar matale, Nea Cozo, cum,
De ce nu ţi-e frică de ei? Mergi, îi dezgropi, îi înţepi, îi beleşti,
Faci atâta bine… comunei… nu ţi-e frică singur în cimitir?…

Coza tace şi-l priveşte cu nişte ochi… cu nişte ochi…

– Mie mi-au luat frica… de pe vremea când… trăiam.

*

Vous

Une nuit, dans cet endroit nommé Cismele (fontaines publiques) où les maisons se font plus rares, à cause des fantômes, qui, dit-on, se montreraient là-bas, et où les gens se méfient de construire leurs maisons, laissant aux revenants la place et l’espace pour qu’ils puissent circuler à leur gré par monts et par vaux, Grigore de la famille des Tagarâla rencontre quelqu’un qui brille au loin, tout comme de l’amadou.
« Bonsoir. » Celui-ci ne lui répond pas. « sans doute, ne m’a t-il pas entendu », pense
Grigore, « Bonsoir », répète-t-il.
« Bonsoir », bredouille l’autre comme s’il avait de la poussière dans la bouche tout en lui barrant le chemin.
Il ne le laisse plus passer.
« Eh toi, tu sais qui je suis ? »
Grigore le regarde attentivement…et soudain il sent son bonnet de fourrure se dresser tout seul sur sa tête : hoop ! et tomber par terre…vlan ! ce gars-là ressemblait à quelqu’un qui était mort… il y avait un mois tout au plus….
« Est-ce que je sais, moi… » dit-il en essayant… en essayant quoi ?…de prendre son courage à deux mains…
« Je te connais, mais je ne sais pas exactement d’où…ni comment t’attraper »
« Eh bien, attrape-moi par le col…ricane l’inconnu.
Au moment où il veut l’attraper par le col…rien…C’était un revenant.
Mais sa main était restée figée en l’air…
Puis, elle devint toute molle et elle resta ainsi.
Heureusement que le revenant ne lui avait pas dit de l’attraper par ailleurs, ce qui l’aurait paralysé complètement.
Cosa fut du même avis quand il accourut vite chez lui.
Il lui dit : « tu l’as échappé belle, mon gars car les revenants de Bulzesti sont hargneux.
Quand ils ont une lubie et qu’ils s’en prennent à quelqu’un…ils en font un chiffon, un torchon, on peut nettoyer le verre de la lampe à pétrole avec.
C’est ainsi que cette personne devient toute molle et flasque.
– Pourtant, il m’a dit « vous », se rappelle Grigore.
Oui, pour se comporter, ils savent se comporter, ce ne sont ni des rustres, ni des rustauds, ni des malotrus, ou des entêtés.
Je ne prends pas leur parti, mais tu dois penser à eux aussi: jusqu’à hier ils étaient ici avec nous, c’est à dire dans le monde; soudain ils meurent et ils abordent un autre monde, c’est à dire l’au-delà, qui n’en veut pas, je ne sais pas pourquoi et les renvoie dans le monde des vivants. C’est à dire le nôtre…qui prend peur et les chasse.
C’est ainsi qu’ils sont baladés çà et là, par je ne sais qui.
C’est pour cela que ces revenants sont si hargneux… et s’en prennent à des types comme vous.
– Ne me dis plus vous…comme cet autre… et un frisson parcourut Grigore .
Mais toi, mon brave Coza, comment se fait-il que tu n’as pas peur d’eux ? Tu vas là-bas, tu les déterres, tu les empales, tu les écorches, tu fais tant de bien… au village…tu n’as pas peur tout seul dans le cimetière ?
Coza se tait et lui jette un regard… et quel regard …
– Ils ont peur de moi…depuis le temps… où j’étais en vie…
– Mais qu’est-ce que cela signifie ? Et Grigore sent son autre main devenir molle également. Sa bouche se tordit en un rictus vers le côté droit,
Il parlait ainsi… la bouche de travers, vers la droite, mais il ne savait plus ce qu’il disait…
Mais c’était toujours avec cette idée « Qu’est-ce que cela signifie ? »
– J’ai plaisanté, mon gars, dit Coza en le voyant si blême, je plaisantais un peu moi aussi…pourquoi es-tu si…et il se met à lui tapoter les joues, pour lui remettre la bouche à l’endroit. Je plaisante, accroche-toi à mon col…pour que je te remette bien droit, tant que le rictus est encore frais, accroche-toi à mon col, vas-y ! »
– Avec qué ? lui dit Grigore, prononçant maladroitement un « avec quoi » ? Que vlà mes mains…
Ses mains se balançaient sans vie, comme des manches vides.
A la place, on a rajouté au nom de Grigore, le surnom de «Ramolli ».

Traduction: Virginia Popescu, Nicole Pottier

Paru dans la revue Axioma.

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