Mon Daïmon s’adressant à moi

Nichita Stănescu

 

Daimonul meu către mine

Vine focul, îmi zise, fii atent vine focul
şi-o să vezi cu ochii pietrele înmuindu-se
şi pe caprele negre de stâncă înecându-se
în moalele stâncii.
Marea, pe dânsa chiar o s-o vezi
suptă de fluviu şi pe acesta
supt de râuri şi pe acestea
supte de izvoare şi pe ele
absorbite de setea unei făpturi alergând.

Ai să vezi, îmi spuse Daimonul meu, mie,
ai să vezi
cum se usucă peştii
şi cum se împuţesc balenele
cum se evaporă meduzele,
căci îţi zic ţie, vine focul, mă auzi? 
-Te aud şi ce să fac eu,
chiar dacă te aud ce să fac eu,
eu ce pot să fac eu?…
-Schimbă-te în cuvinte, mi-a zis Daimonul,
repede, cât mai poţi să te schimbi!
Schimbă-ţi ochiul în cuvânt
nasul şi gura
organul bărbătesc al facerii,
tălpile alergătoare,
părul care-a început să-ţi albească
prea des încovoiata şiră a spinării, –
schimbă-te în cuvinte, repede, cât mai e timp!
I-am spus Daimonului: – Tu nu ştii că
vorba arde,
verbul putrezeşte,
Iar cuvântul
nu se întrupează ci se destrupează?
Am pus un sentiment pe bronz şi tu ştii asta
şi a fiert din pricina luminii soarelui.
Am dat un nume unui copil
şi numele s-a spart de timp şi de vrăbii.
-Ştiu asta, mi-a zis Daimonul.
Schimbă-te în cuvinte precum îţi zic!

*

Mon Daïmon s’adressant à moi

Le feu arrive, me dit-il, fais attention, le feu arrive
et tu verras de tes yeux les pierres s’amollir
les chèvres noires des rochers se noyer
dans les rocs liquéfiés.
La mer elle-même tu la verras
aspirée par le fleuve et celui-ci
aspiré par les rivières et celles-ci
aspirées par leurs sources et celles-là absorbées
par la soif d’une créature qui court.
Tu verras, dit mon Daïmon en s’adressant à moi,
tu verras
les poissons sécher,
les baleines se décomposer,
les méduses s’évaporer,
car c’est à toi que je le dis, le feu arrive, m’entends-tu?
– Je t’entends, mais que puis-je faire, moi,
même si je t’entends, que puis-je faire,
que puis-je faire, moi ?..
– Change-toi en mots, me dit le Daïmon,
vite, tant que tu peux te changer !
Change ton œil en mot
ton nez et ta bouche
ton organe mâle de procréation
tes plantes de pieds qui courent,
tes cheveux qui ont commencé à blanchir,
ton dos trop souvent courbé,
change-toi en mots, vite, tant qu’il est encore temps.
J’ai dit au Daïmon : ne sais-tu pas
que la parole brûle
que le verbe pourrit
et que le mot ne s’incarne pas
mais qu’au contraire il se désintègre ?
J’ai gravé un sentiment dans le bronze, tu le sais bien
et il a bouillonné à cause de la chaleur du soleil.
J’ai donné un nom à un enfant
et le nom s’est brisé du fait du temps et des moineaux.
– Je sais cela, me dit le Daïmon.
Change-toi en mots comme je te le dis !

Traduction: Virginia Popescu, Nicole Pottier

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