Pèlerinage en Roumanie

Bucarest en automne, 6 heures du matin. Nous téléphonons à un taxi pour nous conduire à la Patriarchie. Les sonneries résonnent dans le vide. Aucune réponse. Nous essayons un autre numéro, une autre compagnie, finalement, à la troisième tentative, on nous envoie un taxi. Sous les étoiles, nous filons à travers la capitale pour arriver au pied de la colline de la Patriarchie à 6h30.

Cuza


Là, plusieurs autocars sont rassemblés. Une multitude de personnes, aux valises imposantes, vont et viennent en tous sens. Nous apprenons qu’au pied de la colline, près de la statue d’Alexandru Ion Cuza, ce sont les départs internationaux.
Pour les départs en province, il faut monter l’allée. A la lueur des réverbères, nous distinguons alors un petit groupe se dirigeant vers un autocar garé plus haut sur le côté, chacun portant un léger bagage avec lui.

Patriarchie

Palais

Après nous être bien informées, nous nous joignons au groupe et atteignons l’autocar d’excursion. Un prêtre en soutane noire fait l’appel, une liste à la main. Dès que nous entendons notre nom, nous montons les quelques marches en bas de l’autocar et nous nous installons plus en hauteur aux places qui nous sont attribuées. Le bus est bientôt rempli, il n’y a qu’une seule retardataire, une femme qui s’est égarée à la statue de Cuza et qui se hâte de monter. L’autocar démarre sans tarder.

Phares de l’autocar –
les dernières silhouettes
s’enfuient dans la nuit

Nous occupons deux places à l’arrière de l’autobus, sur le côté droit. Je suis assise côté couloir, ce qui me permet de bouger aisément, Cecilia a choisi le côté fenêtre, ce qui lui permet de voir le paysage. Sur le côté gauche se trouvent une mère et sa fille, naine, d’environ trente ans; en face de nous, deux femmes, amies de longue date; derrière nous un couple âgé. Au total, nous sommes une cinquantaine de personnes, couples jeunes, personnes plus âgées, grands-parents avec des adolescents. Le prêtre nous souhaite la bienvenue et nous récapitule le programme de ces deux journées de pèlerinage organisé par la Patriarchie de Roumanie à destination de Prislop, sur la tombe du père Arsenie Boca. L’itinéraire comprend les visites des monastères de Bistriţa, Horezu, Polovragi,  et la ville de Târgu-Jiu pour la première journée ; les visites des monastères de Lainici, Prislop et Cozia pour la seconde journée .

Puis tous ensemble nous disons les prières du matin.

Seules les mains jointes
se reflètent dans les fenêtres –
premières lueurs de l’aube

Le bus roule régulièrement sur l’autoroute menant à Piteşti, première autoroute construite pour l’usine automobile Dacia Renault. Alors que nous approchons de la ville, un grand centre commercial – le Piteşti Mall – surgit soudain dans la brume, nous surprenant par ses lumières vives.

Brouillard du  matin –
dans les yeux des passagers
des points colorés

Piteşti, grand centre industriel, est situé à 100 km de Bucarest. Chef -lieu de l’Argeş, il compte une présence francophone importante et dynamique. Pendant la dictature, la prison de Piteşti était un centre de torture et de « rééducation » à la sinistre réputation. Un monument rappelle ce lieu et rend hommage aux victimes. Le prêtre n’évoque pas ce sujet lors de la description qu’il nous fait de la ville.

acoperisuri

Nous obliquons vers le sud, et nous nous engageons sur la route nationale 7 .  Nous traversons la Munténie et ses villages typiques. De chaque côté de la route s’alignent des maisons aux façades jaunes et aux toitures en tôle rouge vif. Quelques virages serrés nous rappellent bien vite que « Dealu negru » (la colline noire) est une route de montagne très fréquentée, et l’une des principales artères de communication et de ravitaillement.

Nous atteignons Râmnicu-Vâlcea, chef-lieu du département de Vâlcea, important centre économique et culturel, à la confluence de l’Olt. La rivière donne son nom à la région: l’Olténie, et s’étire avec nonchalance sous le pont à l’entrée de la ville, se mêlant au bleu du ciel matinal.

Un ruban d’azur
serpentant parmi les pierres –
l’Olt millénaire

Occupant une place stratégique au carrefour de routes commerciales dans les Carpates Méridionales, la petite municipalité s’est industrialisée dans les années 60, étendant sa superficie pour permettre la création du Combinat chimique Oltchim, dont les grands bâtiments et les hautes cheminées occupent tout un quartier, formant une ville dans la ville. « Calea lui Traian » (L’avenue Traian) est l’artère la plus longue, située en parallèle de l’Olt, elle traverse la ville du nord au sud. Toute cette région est riche en ressources naturelles: le pétrole, le gaz , mais aussi le sel exploité depuis toujours, et les eaux minérales, utilisées pour leurs propriétés curatives dans les stations de cure thermale toutes proches, formant une couronne dans les montagnes surplombant la ville.

De nombreux monastères éparpillés alentour offrent des oasis de paix dans un paysage à couper le souffle. Nous sommes ici dans l’ « Athos Roumain« , bien connu des pèlerins roumains. Le département de Vâlcea (qui signifie « petite vallée ») a compté jusqu’à plus de 60 institutions monacales, c’est l’un des plus anciens diocèses, ayant été créé en 1503. Le style architectural qui s’est développé ici est unique : il s’agit du style brâncovenesc, qui témoigne d’un raffinement inégalé.

Horezu dentelle

Cozia 09

Dentelles de pierre –
des fleurs aux couleurs vives
veillent sur le temps

Selon les propos de Vartolomeu Androni, supérieur du monastère de Cozia : Ici, »c’est un véritable jardin de l’orthodoxie roumaine et universelle, où les graines de la chrétienté orthodoxe, les graines de la foi de nos ancêtres poussent vigoureusement depuis l’aube de la formation de la Nation Roumaine. » (1)

Les grands seigneurs et les princes ont voulu asseoir leur autorité et faire rayonner leur puissance en fondant un grand nombre d’édifices religieux sur cette terre qu’ils considéraient bénie par Dieu.

Nicole Pottier

Notes :

(1) : « este o adevărată grădină a ortodoxiei românești și universale în care semințele creștinismului ortodox, semințele credinței strămoșești încolțesc cu vigoare încă din zorii formării nației române »

Crédit Photos :  Nicole Pottier -1 -2 -3 : Bucarest;  4 : Horezu;  5 : Cozia.

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Publié dans la revue « Paysages écrits« 

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