Récits d’un pèlerin russe (21)

Pèlerin russe
Traduction : Jean GAUVAIN

Arrivée à Irkoutsk.

Ainsi, j’avançais de nouveau sur la route solitaire et je me sentais aussi léger que si une montagne était tombée de mes épaules. La prière me consolait de plus en plus ; parfois mon coeur bouillonnait d’un amour infini pour Jésus-Christ et de ce merveilleux bouillonnement des ondes bienfaisantes se répandaient dans tout mon être. L’image de Jésus-Christ était si bien gravée dans mon esprit qu’en pensant aux événements de l’Évangile, c’était comme si je les voyais devant mes yeux. J’étais ému et je pleurais de joie, et parfois je sentais dans mon coeur un tel bonheur que je ne sais comment le décrire. Parfois, je restais trois jours loin de toute habitation humaine et avec extase je me sentais sur la terre, seul, misérable pécheur devant le Dieu compatissant et ami des hommes. Cette solitude faisait mon bonheur et la douceur de la prière y était beaucoup plus sensible qu’au contact des hommes.
Enfin, j’arrivai à Irkoutsk. Après m’être incliné devant les reliques de saint Innocent, je me demandai où aller désormais. Je n’avais pas envie de rester longtemps dans la ville, car elle était très peuplée. Je marchais dans la rue en réfléchissant. Soudain, je rencontrai un marchand du pays, qui m’arrêta et me dit :
— Tu es un pèlerin ? Pourquoi ne viens-tu pas chez moi ?
Nous arrivâmes dans sa riche maison. Il me demanda qui j’étais et je lui racontai mon voyage. A ces mots, il me dit :
— Tu devrais aller jusqu’à l’antique Jérusalem. Là-bas, il y a une sainteté à nulle autre pareille !
— J’irais avec joie, lui répondis-je, mais je n’ai pas de quoi payer la traversée, car il y faut beaucoup d’argent.
— Si tu veux, je t’indiquerai un moyen, dit le marchand; l’année dernière, j’ai envoyé là-bas un vieillard de nos amis.
Je tombai à ses pieds et il me dit : – Écoute, je te donnerai une lettre pour mon fils qui est à Odessa et fait du commerce avec Constantinople; il a des bateaux, il te fera passer jusqu’à Constantinople et, de là, ses bureaux te paieront le voyage jusqu’à Jérusalem. Ce n’est pas si cher.
A ces mots, je fus rempli de joie, je remerciai beaucoup ce bienfaiteur et je remerciai surtout Dieu qui manifestait un amour si paternel envers moi, pécheur endurci, ne faisant aucun bien ni à Lui ni aux autres, et mangeant inutilement le pain d’autrui.
Je suis resté trois jours chez ce généreux marchand. Il m’a donné une lettre pour son fils et je vais maintenant à Odessa dans l’espoir d’atteindre la sainte ville de Jérusalem. Mais je ne sais si le Seigneur me permettra de m’incliner devant Son sépulcre vivifiant.

(…)

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