Récits d’un pèlerin russe (13)

Pèlerin russe
Traduction : Jean GAUVAIN

Travaux spirituels.

Mon Dieu ! quelle joie, quelle consolation, quel ravissement je ressentis en franchissant le seuil de ce réduit ou pour mieux dire de ce tombeau; il m’apparaissait comme un magnifique palais rempli de gaîté et je me dis : eh bien, maintenant, dans ce calme et dans cette paix, il faut travailler sérieusement et prier le Seigneur de m’éclairer l’esprit. Aussi je commençai à lire la Philocalie du début à la fin avec grande attention. En quelque temps, j’eus achevé ma lecture et me rendis compte de la sagesse, de la sainteté et de la profondeur de ce livre. Mais comme il y est traité de nombreux sujets, je ne pouvais tout comprendre ni rassembler les forces de mon esprit sur le seul enseignement de la prière intérieure afin de parvenir à la prière spontanée et perpétuelle à l’intérieur du coeur.
J’en avais pourtant grande envie, d’après le commandement divin transmis par l’Apôtre : cherchez les dons les plus parfaits et aussi : n’éteignez pas l’esprit. J’avais beau réfléchir, je ne savais que faire. Je n’ai pas assez d’intelligence ni de compréhension, et personne pour m’aider. Je m’en vais ennuyer le Seigneur à force de prières et peut-être voudra-t-il éclairer mon esprit. Je passai ainsi une journée à prier sans m’arrêter un instant; mes pensées s’apaisèrent et je m’endormis; voilà qu’en songe je me vois dans la cellule de mon starets et il m’explique la Philocalie en disant : ce saint livre est rempli d’une grande sagesse. C’est un trésor mystérieux d’enseignements sur les desseins secrets de Dieu. Il n’est pas accessible en tout endroit et à quiconque; mais il contient des maximes à la mesure de chacun, profondes pour les esprits profonds, et simples pour les simples. C’est pourquoi, vous, les gens simples, ne devez pas lire les livres des Pères à la suite comme ils sont placés ici. C’est une disposition conforme à la théologie ; mais celui qui n’est pas instruit et désire apprendre la prière intérieure dans la Philocalie doit pratiquer l’ordre suivant : 1 – d’abord lire le livre du moine Nicéphore (dans la deuxième partie) ; puis 2 – le livre de Grégoire le Sinaïte en entier, sauf les chapitres brefs ; 3 – les trois formes de la prière de Syméon le Nouveau Théologien et son traité de la Foi ; et ensuite 4 – le livre de Calliste et Ignace. Dans ces textes, on trouve l’enseignement complet de la prière intérieure du coeur, à la portée de chacun.
Si tu veux un texte encore plus compréhensible, prends dans la quatrième partie le modèle abrégé de prière de Calliste, patriarche de Constantinople.
Et moi, tenant quasiment la Philocalie en mains, je cherchais le passage indiqué sans parvenir à le trouver. Le starets tournant quelques pages, me dit : Le voilà, je vais te le marquer ! Et ramassant un charbon par terre, il fit un trait sur le côté de la page face au passage indiqué. J’écoutais attentivement toutes les paroles du starets et essayais de les fixer dans ma mémoire avec fermeté et en détail.
Je me réveillai et, comme il ne faisait pas encore jour, je restai étendu, me rappelant tout ce que j’avais vu en songe et répétant ce que m’avait dit le starets. Puis je me mis à réfléchir : Dieu sait si c’est l’âme de mon défunt starets qui m’apparaît ainsi ou mes propres idées qui prennent cette forme, car je pense souvent et longtemps à la Philocalie et au starets ! Je me levai dans cette incertitude d’esprit ; il commençait à faire clair. Et, soudain, je vois sur la pierre qui me tenait lieu de table la Philocalie ouverte à la page indiquée par le starets et marquée d’un trait de charbon, exactement comme dans mon rêve; le charbon lui-même était encore à côté du livre. J’en fus frappé, car je me rappelais que le livre n’était pas là, la veille; je l’avais placé, fermé, près de moi avant de m’endormir et je me rappelais aussi qu’il n’y avait aucune marque à cette page. Cet événement me donna foi dans la vérité de l’apparition et m’assura de la sainteté de la mémoire de mon starets. Ainsi je recommençai à lire la Philocalie selon l’ordre indiqué. Je lus une fois, puis encore une autre et cette lecture enflamma mon zèle et mon désir d’éprouver en actions tout ce que j’avais lu. Je découvris clairement le sens de la prière intérieure, les moyens d’y parvenir et ses effets ; je compris comment elle réjouit l’âme et le coeur et comment on peut distinguer si ce bonheur vient de Dieu, de la nature saine, ou de l’illusion.

(…)

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