Roman le Merveilleux (4)

Sept contes roumains
par Jules Brun et Leo Bachelin

*

Le lendemain, lorsque l’empereur sortit à son ordinaire les voilà de nouveau, leur bonnet à la main :
— Lumineux empereur, notre frère Roman s’est vanté de vous amener, harnaché et sellé, dans une cuisse de cochet, l’étalon du fameux zméou Crâne-de-cheval.
L’empereur fit quérir Roman le Merveilleux et lui dit :
— Entends, Roman, ce qu’avancent tes frères, que tu te vantes de m’amener, harnaché et sellé, dans une cuisse de cochet, l’étalon du fameux zméou Crâne-de-cheval.
— Salut à Votre Hautesse. Ceux qui m’ont trahi ne m’ont pas trahi pour mon bien, mais pour mon mal. Mais Dieu est bon.
— Sache-le, Roman , si tu reviens bredouille, tu seras pendu au premier arbre du verger.
Après cela, Roman le Merveilleux enfourcha son cheval et s’en vint à bride abattue chez le zméou. Il entra dans l’écurie et dit à l’étalon :
— Ohé! l’étalon viens-tu avec moi?
Mais l’étalon se mit à hennir à tue-tête :
— A l’aide, Monseigneur, à l’aide ! Roman le Merveilleux veut m’emmener !

Le zméou accourut aussitôt, son grand sabre d’une main, un fouet de feu de l’autre , et dit à l’étalon :
— Ah ça! où est-il donc ce maudit Roman?
L’étalon regarda autour de lui et ne vit personne, car Roman s’était fait brin de paille et s’était caché dans le râtelier. Alors le zméou, se croyant gaussé, caressa joliment de son fouet les fesses du cheval, puis retourna à ses affaires.
Après cela, Roman se refit homme et demanda encore :
— Étalon, viendras-tu avec moi maintenant, oui ou non?
— Je viens, maître; mais, avant de partir, cherche dans ma litière à l’endroit de mes fientes (1), et tu y trouveras une tonne d’or liquide et une autre d’argent ; remplis-en deux sacoches, étrille-moi de la crinière à la queue et après enfourche-moi.
Roman le Merveilleux fit ce que lui avait dit l’étalon, l’enfourcha et partît. Mais, Dieu! quel miracle ! Le cheval était devenu moitié d’or fin avec des escarboucles, et moitié d’argent fin, et si éclatant qu’on aurait pu fixer le soleil mieux que le fixer, lui.
Lorsque Roman arriva devant le palais, il rencontra l’empereur qui justement rentrait de la promenade. Il lui donna le cheval et reçut pour récompense quatre grands pots de ducats.
Ses deux frères en furent témoins, et l’un dit à l’autre :
— Regarde un peu; en a-t-il encore gagné des cents et des mille, ce païen !
— Laisse-moi faire, répondit l’aîné, ça ne lui profitera mie !

(…)

(1) « Tel et si net le forma la Nature
Qu’il ne faisait jamais d’ordure,
Mais bien beaux écus au soleil
Et louis de toute manière,
Qu’on allait recueillir sur la blonde litière
Tous les matins à son réveil. »

Perrault. Peau d’âne.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s