Roman le Merveilleux (2)

Sept contes roumains
par Jules Brun et Leo Bachelin

*

Quand ils furent arrivés à la maison, Stan Guin siffla trois fois, et incontinent sa massue sauta du clou où elle était pendue et dressa une table comme pour un empereur, avec une douzaine de mets à s’en pourlécher. Mais le zméou les avait sournoisement empoisonnés, pour faire mourir ses trois convives, — sauf un pain, une cruche d’eau, une cuillère de bois et une gourde de clairet, qui furent épargnés comme par miracle.

Stan Guin appela les Olténiensà table; mais Roman le Merveilleux, qui savait tout, lui dit :

— Je vous baise les mains. Nous sommes de pauvres hères (1), Monseigneur, accoutumés à manger comme nous pouvons et à boire ce que nous avons. Donnez-nous ce pain qui est là- bas, cette cruche d’eau, cette cuillère de bois et cette gourde de clairet; c’est bien assez pour notre pitance.

Le zméou devina la malice du petit Roman et se tut. Mais quand ils se furent levés de table, il appela son intendant et lui ordonna de conduire les trois frères dans une cave, où il viendrait leur couper la tête pendant leur sommeil.

Mais Roman le Merveilleux éventa la mèche; seulement il fit comme si de rien n’était, et pour mieux déjouer les traitrises du zméou, il emporta la gourde et alla dans la cave avec ses frères. Là, il tira de sa ceinture une flûte de prunier et se mit à chanter :

Petite flûte gentillette,
Plus fine qu une aiguillette,
Flûte, flûtette, mes amours.
Viens vite, vite à mon secours (2).

Il n’était pas au bout de sa chanson magique, que voici venir quatre oiseaux-fées, qui préparèrent un festin magnifique comme pour un empereur. Roman le Merveilleux invita à souper les trois servantes de l’ogre et leur versa du clairet à tire-larigot, jusqu’à ce qu’elles fussent soûles et mortes de sommeil. Alors il les dépouilla doucement de leurs cottes, s’en revêtît lui et ses frères, et les affubla en échange des habits qu’ils venaient de quitter. Après quoi ils s’étendirent sur le banc (3).

Ils ne dormaient pas encore, que le zméou arriva avec son grand sabre à double fil, pour leur couper la tête. Mais abusé par le troc des vêtements, il passe à côté des trois frères et tranche le col à ses trois servantes; sur ce, il rentre se coucher. Alors Roman le Merveilleux réveilla ses deux frères et ils s’en furent chercher un gîte plus sûr (4).

(…)

(1) « Le Petit Poucet lui dit qu’ils étaient de pauvres enfants qui s’étaient perdus dans la forêt, et qui demandaient à coucher par charilé ». Perrault. Le Petit Poucet.
(2) Le Tom Pouce des légendes anglaises, apparenté au nain vert Obéron, a aussi une flûte enchantée; c’est une cornemuse faite d’une plume de roitelet et de la peau d’un pou.
(3) « Le Petit Poucet qui avait remarqué que les filles de l’Ogre avaient des couronnes d’or sur la tête,… se leva vers le milieu de la nuit, et prenant les bonnets de ses frères et le sien, il alla tout doucement les mettre sur la tête des sept filles de l’Ogre, après leur avoir ôté leurs couronnes d’or, qu’il mit sur la tête de ses frères et sur la sienne, afin que l’Ogre les prit pour ses filles, et ses files pour les garçons qu’il voulait égorger, etc. » Perrault. Le Petit Poucet

(4) « Aussitôt que le Petit Poucet entendit ronfler l’Ogre, il réveilla ses frères et leur dit de s’habiller promptement et de le suivre. » Ibid

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