Carnet de voyage : Sinaïa

Nicole Pottier

Nicole Pottier

Carnet de voyage : Sinaïa

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Situation géographique

Nichée au milieu des Carpates, Sinaïa est également surnommée la « Perle des Carpates », elle se situe dans la vallée de la Prahova, à 800m au pied des monts Bucegi, entre Brasov et Bucarest. Au départ de la gare du Nord il y a un train chaque heure pour une distance de 122 km et un trajet de deux heures.

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Origine du nom de Sinaïa et fondation

Sinaia est fondée en 1690 par le porte-épée [chef de l’armée] Mihail Cantacuzino (Michel Cantacuzène, successeur d’empereurs de Constantinople), “prince des Grecs de son temps”. Au service du Sultan, il avait obtenu par ses intrigues le titre d’inspecteur général des fermes et des salines d’Anchialos sur les bords de la Mer Noire. Surnommé « Chaïtnoglou » par les Turcs – « Fils de Satan »- Michel Cantacuzène gardait la main haute sur le Patriarcat grec de Constantinople. Il fut le personnage le plus respecté parmi tous les chrétiens sujets du Sultan; les Patriarches œcuméniques changeaient à son gré. Ses initiatives vis-à-vis de l’Eglise orthodoxe grecque de Constantinople avaient pour but de rapprocher les deux Eglises, luthérienne et orthodoxe, toutes deux partageant la même aversion et sainte horreur des papistes. Alors qu’il effectuait un voyage entre Vienne et la Sublime Porte (nom de la porte d’honneur monumentale du grand vizirat à Constantinople, siège du gouvernement du sultan à l’époque ottomane, – c’est-à-dire la Turquie actuelle avec sa capitale Istambul), il échappa par miracle à un guet apens tendu par des brigands ottomans sur cette route commerçante. Michel fit vœu d’édifier à l’endroit même de l’attaque un monastère dédié à la Vierge Marie. Il accomplit un pèlerinage au monastère Sainte Catherine sur le mont Sinaï en Egypte. Très impressionné par la grandeur des lieux bibliques, il décida alors de donner le nom de « Sinaia » au lieu où il faisait édifier le nouveau monastère, « en mémoire du grand Sinaï ». C’est ce monastère qui donna ensuite son nom à la localité qui se créait petit à petit dans son voisinage.

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Le monastère de Sinaïa

Il fallut cinq ans pour édifier le monastère. Terminé en 1695, il a vocation de monastère mais aussi de bastion fortifié dû à sa position stratégique dans la vallée de la Prahova sur la route qui relie Bucarest à Brasov. Douze moines, tout comme les douze apôtres, vinrent s’y installer, puis leur nombre augmenta.
Le monastère a l’aspect d’une forteresse, avec ses murailles hautes et épaisses. Comme tous les monastères de quelque importance, il se compose de deux cours autour desquelles sont distribuées les habitations des moines et les dépendances du couvent. Au centre de chacune des deux cours, se trouve une petite église byzantine.

L’ancien ensemble (la fondation cantacuzine, la petite église dédiée à l’Assomption, et les murailles qui l’entourent) est impressionnant, ainsi que la disposition harmonieuse des bâtiments sur les quatre côtés de l’enceinte à distance égale du point central où s’élève l’église.
A l’intérieur, les peintures ont été réalisées par Pârvu Mutu,(XVIIème siècle), un des grands peintres d’églises de l’époque Brâncoveanu, préféré de la famille Cantacuzène.  Il s’impose par son trait de dessin remarquable, ses coloris variés et le réalisme de la composition. Dans son art, il rend avec une grande fidélité le message du fondateur : la charité chrétienne. Presque toutes les scènes iconographiques, les personnages sont peints la main tendue. Dans un document d’époque, Michel Cantacuzène consignait : « Aime et prends soin de ton prochain, informe-toi de celui qui est malade et pauvre, et abrite sous ton toit celui qui est persécuté. »

Une deuxième église est bâtie en 1842-1846, dans des proportions modestes, financée par le monastère lui-même. Située dans la nouvelle enceinte, construite en pierre et en brique, l’église est dédiée à la Sainte Trinité. Endommagée à plusieurs reprises, c’est le Conseil des Hospices Civils (Eforia Spitalelor Civile), gérant les biens et les avoirs du monastère, qui entreprit de remettre à neuf l’église, lui donnant son aspect actuel. Les travaux eurent lieu de 1897 à 1903. L’architecte George Mandrea, désigné par le Conseil des Hospices, est l’initiateur du projet mais c’est Gh. Pompilian qui met en oeuvre les travaux et effectue une synthèse de styles en choisissant d’édifier des murs épais et de puissants contreforts, caractéristiques aux monastères de Moldavie, sur lesquels sont greffés des éléments spécifiques du style Brâncovan, typique aux monastères roumains de Valaquie. Ce style d’influence baroque se caractérise par ses colonnes sculptées en pierre et ornées de motifs floraux et végétaux : fleurs de lys, feuilles de chêne. De même il ajoute à la structure traditionnelle de l’église orthodoxe – narthex (pronaos), nef (naos) et autel – une quatrième construction, celle du porche, telle une pièce ouverte soutenue par des colonnes
Une ceinture verte émaillée entoure le bâtiment de trois lignes sans interruption, symbole de l’unité de la Sainte Trinité en un seul Dieu et de l’unité des trois royaumes roumains en un seul pays.

Dans le pronaos, des tableaux sont peints sur l’or de la mosaïque – typique du style néo-byzantin. Ces peintures à l’huile ont été réalisées par l’artiste danois Aage Sofus Exner. Il fut l’un des principaux disciples de Jean Lecomte du Nouÿ, peintre orientaliste français ayant effectué des voyages d’études qui le menèrent de Grèce jusqu’en Turquie et en Egypte, réalisant des peintures religieuses pour les églises roumaines et prenant en compte les modèles locaux.
Cinq  personnes sont représentées dans le tableau votif :
Iosif Gheorghian, Primat de l’Eglise Orthodoxe Roumaine et higoumène (père supérieur) du monastère, qui inaugura le nouveau bâtiment en 1903.
Le Roi Charles I (Carol I) (1866-1914) habillé en officier, la main droite posée sur un pilier en roche au morceau manquant, symbole des territoires roumains absents à l’époque: la Bucovine, la Bessarabie et la Transylvanie.
La Reine Elisabeth, connue dans le monde littéraire sous le pseudonyme de Carmen Silva donnant la main à la Princesse Marie, seul enfant de la reine décédé à un âge précoce.
Mihail Cantacuzino, fondateur de la Vieille Eglise du Monastère.

Tout le mobilier est en sycomore ou en chêne, réalisé par Constantin Babic, aidé par ses élèves de l’Ecole des Arts et Métiers de Bucarest. Les trônes sont en plaqué or. Le trône du roi porte l’emblème royal et l’inscription Sine Nihil Deo (Rien sans Dieu). Sur le trône de la reine on remarque les lettres ED (Dame Elisabeth) en relief. Les deux icônes russes de Saint Serge et Saint Nicolas ont été offertes en cadeau par le Tsar Nicolas II de Russie en 1903 pour le baptême du prince Nicolas (Nicolae), fils du roi Ferdinand I de Roumanie (1914-1927).

Le clocher a été ajouté en 1892 dans la partie sud de l’enceinte. La cloche provient de la tour Coltea de Bucarest, elle pèse 1700kgs.

En 1895, pour célébrer le 200e anniversaire de la Vieille Eglise , le monastère ouvrit  un musée. Il s’agissait de la première exposition d’objets religieux en Roumanie.

Le musée, aménagé dans l’ancienne résidence royale, abrite une inestimable collection de manuscrits et objets d’art : des icônes, des livres rares – parmi lesquels la première Bible traduite et imprimée en roumain à Bucarest, grâce aux bons soins du Prince Serban Cantacuzino en 1688 – et même une exposition de vaisselle en céramique et en porcelaine du XVI siècle.

Depuis 2005 13 moines orthodoxes y résident.

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